ArT ConTinGenT

LA PROMESSE

A nous,

 

 

            Je t’avais promis de ne jamais te promettre. Il a fallu pourtant s’y contraindre. Je trouvais ton éloge facile et j’entrepris un pamphlet presque médiocre, presque anodin et presque pathétique. Un feu d’artifice de sensations éternelles. J’avais alors juré de ne pas oublier ton image. Je sens pourtant qu’elle s’éloigne inéluctablement de moi, de mes remparts, de mon magnétisme, de mes doutes… puisque mes yeux ne se heurtent plus à ton espace. Le mur est détruit. Au lieu de folies dévastatrices isolées qui ne pouvaient se rejoindre, nous avons gagné un formidable terrain ouvert et raisonnable. Notre endroit. J’ai trop longtemps voulu emprisonner tes empreintes, tes traces. Je les ai suppliées de rester en moi. Et mon empressement anéantissait tes angoisses. Tu es plus belle libre. Ainsi tu as retrouvé ce que tu avais perdu de toi ou peut-être ce que tu n’avais jamais cherché à connaître. Tu renais et tu salis ce passé. Lourd. Notre mémoire est en lambeaux. Elle pleure et elle le mérite. Elle est tâchée de mes désillusions et de tes grandeurs. Ma vision s’effrite… J’essaie de la regretter. Je pensais ne jamais oublier… J’ai fermé les yeux bien des fois pour me souvenir… mais je t’ai fait une promesse… Tu es loin maintenant. Et je peux mieux te suivre. J’ai reconnu mon immobilité, ma passivité entraînante.

 

*

 

            Si le temps me manquait, je serais peut-être sauvée. Il me resterait rien au monde que ce tas de mots indolores comme autant de gestes et de regards que j’ai choisi de vous adresser. J’avais résolument  trouvé ce signifiant qui me faisait défaut. Je voyais alors mon sens et le murmure affolé de nos environs, parce qu’ils sont illégitimes ces gestes, ces regards et ces mots.

            Il n’existe aucun sortilège pour enfermer cette réalité dans une limite, un code ou un nom. Je sais que je ne voudrais pas m’en servir s’il existait. Le comble de l’altruisme. Ignorer ce que serait un tel monde car il ne convient qu’à moi. Il aurait fallu m’empêcher de construire cet idéal informel et déformé. Je m’y suis attaché. Il n’appartient qu’à mon propre entendement… Mon entendement… Ma capacité à élargir le champ des possibles. Mais la légende voudra sans doute que je demeure une douce folie naïve et parallèle. Ne retenez que cela… ce rêve existe pour moi. Et je sais que j’existe aussi.

 

            Épitaphe I

                        Absurde, illégitime et absente

                        Utopique, mes yeux n’ont fait que se poser

                        Et constater que le réel est (si) impalpable devant moi

 

            Je suis entrée dans ta nouvelle vie et je t’ai rencontrée une deuxième fois. Des sourires plein l’iris. J’ai un peu envie de pleurer. Un peu envie de vomir. Je prends alors goûts à l’ivresse qui me maintient présentable. Je me dis, au moins je dois faire illusion. Progressivement, je m’habitue et me déstabilise. Je vous contemple et l’existence me parait juste, belle et légère. Je m’installe dans cette surprenante confortable réalité. Je ne vis plus dans le passé. J’appartiens à ce présent. Je m’y fais une place, avec une vue imprenable sur cette bouffée d’oxygène, ce puits sans fond où l’air me pique les yeux. Ce n’est plus les mêmes larmes. Bien sûr, elles me dérangent parfois et je les fuis. Il y a toujours cette fille que je rejoins au coin de la rue, sur le sable, dans les airs, sur un terrain vague ou derrière ma porte, qu’importe ! Je triche avec mes troubles obsessionnels. Je ne pleure jamais de l’avoir perdue. Je pleure de l’avoir connue. Pour me vider de tout ce sang superflu, j’avais écrit un livre – un petit livre rouge qui faisait ma révolution. J’avais inventé un bouquet de lignes et j’étais fière. Je m’achevais.

           

            J’ai enterré cette histoire au scalpel non parce qu’elle appartient à mes ténèbres, mais parce qu’elle s’offre sous une forme lavée de tout soupçon. Je me sentais au milieu d’un corps meurtri, je suis au milieu d’un cœur de pierre, le mien ? J’ai parfois peur de m’être desséchée les veines. Mes émotions se sont envolées. Je reste maîtresse de tout ce que je touche et de tout ce qui me touche. L’air et le vin remplissent mes artères, mes poumons et c’est avec délectation que je respire. Je prends mon temps, même si je sens encore trop le poids des limites. Pourtant je lis que l’amour est à réinventer. J’en rêvais corps et âmes. Un nouvel état. Une nouvelle façon d’être. J’invente alors mille et une façons de se confronter l’une envers l’autre. Pour gagner du temps ou pour en perdre. Pour se perdre de vue ou ne plus se quitter. Pour se réaliser même en enfer. Je prends acte de ce nouvel éveil. Je est enfin devenu(e) une Autre.

 

*

 

            Finalement le souci atroce que j’ai de décrire une histoire, c’est mon bonheur d’écrivain. Faire le serment des passions impossibles, c’est mon bonheur d’écrivain. La création littéraire qui devient mon salut. Tout donner à sa feuille de papier. La rendre complice et torturée. Le lecteur accomplit l’impossible synthèse de l’absence et de la présence. Il reçoit les mots sans déranger la solitude de l’auteur. Il écoute son monologue, il n’y répond pas, mais il le justifie.

            Je me suis éprise de l’impossible mais j’ai tâché de ne pas perdre le contact avec le monde. Je peux l’étreindre pour combler ma chasteté. C’est mon bonheur d’écrivain. Je ne m’arrange pas des visions pré-fabriquées et idylliques du monde. Je change les choses de place ou les montre à l’envers. L y a peut-être de l’audace dans ce bonheur d’écrivain. Je mourrai comme je suis arrivée, enchevêtrée dans mes défauts. Quelle liberté de pouvoir se le dire. Que personne ne me change plus jamais. Je veux garder toujours le même combat, les mêmes colères. Me sublimer dans ma transe.

            Je suis fière, presqu’orgueilleuse de cette liberté que je m’accorde, de ne pas se heurter aux barrières de la contrainte, de la norme. Je me sens libre de pression. Je veux continuer à aimer à ma façon. Ne pas déroger à cette règle. Une pression. Comme une leçon. Une leçon de grand. Ne pas s’arrêter de grandir. Même si le bonheur ne dure pas, ne revient pas. Ni mal ni bien. Le bonheur se cherche. Échanger les limites du bonheur. Sortir des sarcasmes de l’ironie, le bonheur des uns fait le malheur des autres. Changer de sens. Changer de rôles. Une promesse. Le graal de la confusion. L’éternité du mélange malsain de nos sens.

            Être titulaire de ce pouvoir, la plus grande victoire sur le monde qui nous refuse. Mon bonheur d’écrivain doit résider dans ce vivier intériorisé. Je pense comme j’écris.

 

*

 

 

            Aujourd’hui nous avons baissé nos armes. Aucun malaise. Aucun soupir dissimulé. Aucune faille dans notre système huilé à la perfection. Mon bonheur d’écrivain, c’est de pouvoir bafouer la réalité, amortir les chutes ou libérer les désirs. Nous nous possédons sans nous étreindre et nous anticiper. Lorsque je me retrouve au devant vous, je réalise que je suis nue mais que ça ne dérange personne. Accepter l’humanité de l’autre, c’est le voir telle qu’il est. Et vous me voyez comme je vous vois je crois. Je ne suis plus cachée. J’accède aux portes immensément grandes de mes connaissances. Le test est validé et la qualité du résultat est irréprochable. Je renoue avec un passé négligé. Inadéquat et délectable de contingence. La promesse d’un présent inépuisable de confusion. Un futur qui, bien sûr, n’existe pas. Une gloire. Une suffisance. Une décision incongrue et je replonge avec toutes mes compétences dans une nouvelle authenticité. Je suis touchée jusqu’à l’os quand je suis découverte. La foule nous incite à nous regarder, nous croiser. Fondue de vertiges et agacée par des filaments d’histoire qui collent à la gorge et au palais. Je racle ces résidus inquiétants et irradie quand je t’ouvre à nouveau mon territoire et les tonnerres de mes nuits.

 

            Nous avons baissé nos armes. J’ai baissé ma garde.

 

            Nous sommes devenues innocentes et coupables en même temps. Nous l’avions décidé avant que le temps n’abatte nos tempes glacées par le frisson… le doux frisson de la révolte des corps, des ossements et de la chair. De nouvelles formes d’étranges émotions renaissent, naissent. Je devais créer une histoire de toute pièce. Inventer de nouveaux espaces, de nouveaux personnages. Une infinie de temporalité à l’horizon me tendait les bras. Je me sens légère mais entraver. Je nous sais immortelles et je souhaite désormais profiter de la sérénité de l’après.

            Après l’avoir encensée, je devais la tuer en espérant survivre dans un enfer sans elle. Je me jetais du haut du ciel, je ne connaîtrai pas l’enfer et elle était là, attendant la fin de ma chute. Patiemment nous nous sommes retrouvées. Et nous n’étions plus seules. Elle avait inspiré certaines jolies pages et je devais en rester là. Je devais la tenir enfermer dans ce manuscrit terminé pour toujours. Je redevenais innocente dès que je la croisais, et nos vies demeurèrent inchangées après cette publication. Grâce à elle, j’étais devenue un auteur et je voulais honorer ce contrat.

            Elle avait survécu à sa destruction.

 

 

 

 

 

DIALOGUE AVEC UNE REALITE SOUVERAINE

-         « J’avais besoin d’une proie. J’avais besoin d’un morceau de chair où poser mes lignes. Elle ne savait pas que j’allais mourir. Je mettais beaucoup d’entrain et de gaieté à lui dépeindre mon grand projet. Je la flattais. Elle m’était vite devenue indispensable, au point de compromettre mes plans. Aujourd’hui, j’écris de douleur. Le fait est que j’avais entrepris de collectionner les sensations. Je choisis C. mais ce fut réciproque je crois. Je conte une abondance, un chaos. Elle fut parfaite dans son rôle »

Le docteur G. pose ses yeux tendres presque complices sur moi. Elle ne semble pas effrayer par de ce déversement absurde. Pourtant je doute moi-même de la réalité.

Evidemment rien de tout cela n’avait existé. Ma vie, mes rencontres, mes colères et mes œuvres n’étaient que pures illusions… de vagues hologrammes. Comment pourrait-il en être autrement ? La banalité quotidienne n’est pas si belle. Je me sentais blessée. Obstruée sans cesse par des spasmes au fond des tripes. Il faudrait ouvrir chaque porte de mon corps pour affirmer les fondements de mon existence, et je ne sais pas si j’y tiens vraiment. J’aurais préféré cracher et déverser maux et mots engloutis au fond à droite du cœur et cachés sous la pile de souvenirs immédiats dans l’hypothalamus.

Toutes les semaines, j’allais donc m’asseoir dans une salle d’attente sordide et pleine de sens puis j’essayais de faire sortir quelques éclats de voix ou de larmes devant cette personne que l’on avait qualifiée pour pouvoir les entendre. Je n’étais pas très  douée pour cela, je me tâtonnais. Le docteur G. me serrait toujours la main avec énergie comme pour éveiller des échanges. Je ne sais plus si j’osais la regarder dans les yeux. Mes états d’âme me semblaient pathétiques, mais je ne détestais pas me mettre en scène.

La première fois que je rencontrais C., elle était glaçante et glacée.  Presque imparfaite. Presque illisible. Je crois que je l’ai à peine regardée. Etrange lorsque l’on veut remettre certaines images sur les rails… et les laisser filer. J’aimerais raconter ces heures avec plus d’attention. Ce soir rien ne s’est passé. Ni les soirs qui ont suivi d’ailleurs. Je l’avais pourtant déjà touchée. Familier accueil. Familières étreintes. Voilà que nous nous mêlons l’une à l’autre.

-         « Je t’ai toujours connue… ». Nous nous le répétons à l’infini. C’est banal. Trop romantique. Mais je me suis ancrée dans ce quotidien rempli d’elle. J’ai fermé toutes mes parenthèses. Puis c’est arrivé. C’est encore bien au fond de ma gorge. Il suffit que mes pensées se perdent pour revivre cette lente définition. Comme un retour ou une révolution. Mon origine pure et parfaite. Ma main invisible. L’évidence de mon sacrifice. Je me retourne. Comme si les rayons du soleil m’aveuglaient. Comme s’ils me brûlaient l’épiderme. Je fais toujours le même rêve que je raconte au docteur G. Même si l’image est floue, la scène m’apparaît bien nette, réelle. C. a harmoniquement orchestré ma mort. Sur ma demande, un morceau de forêt se transforme en fosse philharmonique. Une vingtaine de musiciens accompagnent mes complaintes, ma chute. Le moment où je renonce à mes errances. Les cuivres s’emballent. Les cordes couvrent les sanglots de C. devenue assassin, accomplissant sa lourde tâche. Elle déploie ainsi son empire autour de ma solitude encombrante. J’oscille alors entre le bien et le mal, entre le vrai et le faux, entre le vrai et l’absurdité. Mon ivresse absurde. Je savoure ces derniers petits moments de vie quand je l’imagine entre mes bras et contre mes lèvres affolées et maladroites ou collée à ma rétine sensorielle. Le toucher se dilue dans ma bouche et ma langue n’ose pas se délier.

Observateur impossible d’une beauté qui devra un jour partir en fumée et en lambeaux de cendres qui se colleront à ma peau et pénétreront tous mes orifices les plus insolites. Mes pores transpireront cet étalage béant. Mes ailes chargées en plomb se sont dissoutes et l’obstination de la contingence ne cesse de m’habiter. Malgré tout, un élément demeure. Je le suis du coin des yeux pour ne pas perdre encore une fois le Sud. Mon Sud. J’aime le contre-courant et le passé ne pourra plus me rattraper tant qu’il restera présent. J’y puise tant d’efforts, j’y adjoins tant de prudentes libertés. Je respire à pleins viscères ce luxe de pouvoir me heurter à ces murs de fausses indifférences. Ma lucidité ne me quitte pas et je me plais à avancer, à courir les paupières lourdes et le sourire aux lèvres. Si la béatitude me rappelle sans cesse, c’est qu’elle me convient finalement mieux qu’une complaisance sibylline sans tâche. Dans cette course effrénée, C. était devenue mon alliée, ma complétude imaginaire. Il n’y avait plus aucune raison de résister. Au centre de cette terre, je me relevais :

-         « Au diable la postérité. Me voici en encre et sans prose aucune. Nue comme un pauvre verset mais vivante… »

Il est six heures du matin. Le soleil monte dans le ciel et la cime des arbres le découpe en étranges figures funèbres. J’ouvre les yeux. Le bruit des feuilles supporte mon insomnie assommante, m’interpelle. Je suis encore en vie. J’ai encore pénétrer ce joli rêve enivrant… mais C. n’est pas à côté de moi.

 




ANAMNESE D'UN RECIT

Pourquoi écrire ? Pourquoi s’obstiner à poser les contours d’un monde vécu, imaginé, objectivé ? Le ciel est bleu ou gris que l’on l’écrive ou non. On se sert des nuages pour donner un ton plus réaliste ou plus tragique à notre histoire. Aussi loin que je me souvienne ce n’est pas du temps dont je voulais conter les aléas. Je voulais me raconter. Avec une espèce d’arrogance en lieu d’importance que l’on ne m’accordait pas. Se raconter comme pour faire quelque chose de sa vie, de ses jours qui se traînent. Se raconter pour se rencontrer. Se rencontrer pour exister en pleine nécessité. Exister pour être reconnue dans la plus parfaite complaisance futile. Etre reconnue pour se découvrir même loin de soi-même.

Peut-être dois-je combler un complexe de non reconnaissance ? Peut-être suis-je incapable de vivre en réalité ? Peut-être est-ce une fuite dans l’irrationalité que je cherchais tant ?

Pour cela je n’attache pas de hauteur à décrire un contexte spatial ou temporel. J’écris au présent et à la lueur des incidences du chaos tellement humain qui se déchaîne en moi. Banal et pas banal. Singulier en somme. Ridicule ou sordide même.

Se prêter une importance dans les règles de l’Art : écrire. Bien sûr l’inspiration est ailleurs. On hume son parfum et l’encre se décrispe. On se sauve à travers elle. Je la récite dans chacune de mes pages. Je l’habite tout entière. Je me répète à l’infini et à l’inverse. Je m’enroule autour d’elle comme un fœtus. Je m’enivre de feuilles blanches. Familières et cruelles. Elles font le mal qu’il me faut. Elles interpellent mes lésions, les dépassent. Je n’aurais besoin de rien d’autre si je me croyais.

Il est de bon ton de dire que l’on ne doit rien à personne, qu’il faut se suffire à soi-même, mais la notion de reconnaissance ne peut pas être isolée. Chacun doit se voir. Je ne crois pas en Dieu ni en aucune espèce sacrée et éternelle. J’essaies de croire en moi – pas toujours facile tant la place que l’on occupe sur ce bout de terre est contextualisée. On est lié à un sexe et tout le monde attend que l’on se comporte en fonction de celui-ci, c’est-à-dire, que l’on nous dicte un genre. Par manque de chance, d’audace et par un trop plein de sursauts patriarcaux, le féminin pèse moins lourd que le masculin dans les familles. Ce qui sauve la fille, c’est l’enfantement, elle devient mère donc elle existe, elle repeuple. Par peur névrosée de ne pas tomber dans les carcans de ce schéma incommodant, par goût, par subversion, je suis une fille par la force des choses chère à Madame de Beauvoir (ma « chair » conscience) et je n’éprouve aucune attirance pour le sexe opposé et pour la layette. Une illumination. Comment exister quand être heureux ne suffit pas ? Comment se soucier de la transparence quand la communication n’existe qu’à travers l’hypocrisie sibylline d’un affect inébranlable ?

Que le soleil soit écarlate, que l’air soit lourd, que la mer soit houleuse : peu importe. Je préfère m’attarder sur des sentiments solitaires, noirs et parfois indigestes, les mettre en joue et les exploser les uns après les autres pour les voir de l’intérieur. Certains appellent cela de la mise en scène d’émotions exacerbés. Je m’en moque. J’accroche mes rancoeurs comme j’accroche mes toiles, pour les contempler et m’en sentir plus forte. Peu importe si je suis rude, sans joliesse et trop intéressée par l’intelligence culturelle. Je baigne dans des eaux obscures où il est difficile de me trouver. Je consens que je ne suis pas une descendance sans équivoque et docile. Je suis autre et je me plais dans ce corps tout raide et imperméable aux délices humains du commun des mortels. J’ai toujours préféré les douceurs de l’interdit à l’ordinaire convention calfeutrée dans ce que l’on nous inculque. Je me sens parfois trop sage et trop rationnelle malgré ma bonne volonté et mon ciel sombre. Cette image me grise avec tant de passion et de conviction, comme une ferveur latente. Le goût d’un idéal spirituel demeure dans l’excellence de mon projet d’écrire. Juste être un auteur et « vivre comme tout le monde en étant comme personne »[1].

Aussi longtemps que je verrai, je m’accommoderai de ces leurres, de ces jugements, pour donner au monde la vision la plus imparfaite d’une existence reconnue. L’inspiration fera le reste. Il n’y a plus aucune raison de résister.

 



[1] In Simone de BEAUVOIR « Mémoires d’une jeune fille rangée » p.204